Le bio invite à calculer autrement
Ces dix dernières années, de solides projets ont émergé dans le secteur bio. Est-il possible de parler de rentabilité lorsqu’on vit au rythme de la terre ? Ceux qui défendent de justes valeurs ne sont pas pour autant de doux rêveurs.
En Hesbaye, 200 hectares de terres agricoles sont en passe d’être certifiées biologiques, sous l’appelation « Terres de renaissance ». Entre 1998 et 2003, l’évolution du chiffre d’affaires de Biomarché est passé de 5 à 15 millions d’euro. Etablie sur le zoning de Sombreffe Keumiée, l’entreprise de transformation et d’emballage de fruits & légumes bio s’étend sur 3.500 m2 et emploie quelque 50 personnes. A Herve, Sipal Partners (Meurens Natural) s’est hissé à la première place du marché mondial de l’hydrolyse de céréales biologiques, avec une gamme de 22 sirops. Créée en 1994, l’entreprise occupe 22 personnes. En Belgique, le bio réalise près de 250 millions d’euro de chiffre d’affaires, répartis en deux tiers pour la grande distribution et un tiers pour la petite distribution et les circuits courts. Derrière ces chiffres, ce sont des milliers d’hommes et de femmes qui travaillent en Belgique tout au long de la filière bio.
La bio-économie, une vision du monde
Les exemples sont nombreux, en Wallonie comme en Flandre, pour démontrer combien l’agriculture biologique est devenue un secteur économique à part entière. Et pourtant… Investir un projet professionnel dans le bio procède d’un état de conscience plus que de la poursuite d’un objectif financier observe Carol Haest, consultant en agriculture biologique et développement durable pour la grande distribution. Comment ceux qui vous parlent de la préservation des sols, de l’abstinence de fertilisants chimiques avec des rendements moindres pour conséquence directe, peuvent-ils être considérés comme acteurs économiques ? A première vue, le bio est un contre-exemple de la bonne affaire économique. Cela n’empêche pas aux circuits de production, de transformation et de vente d’être rentables, tout en s’inscrivant dans un registre de valeurs éthiques.
Le bio a ainsi pénétré sur la scène économique par la petite porte. En chiffres de ventes, on lui annonce rarement plus de 2 à 3% de parts de marché, avec près de 50% de produits importés. C’est dire si les opportunités sont encore nombreuses pour les entrepreneurs belges ! Ce sont les crises alimentaires des années ’90 qui ont été un facteur déclenchant. Le public a trouvé dans le bio la meilleure alternative à « la malbouffe ». Aujourd’hui, la conscience environnementale prend le relais pour faire croître la demande – de manière faible mais continue.
Objectif 10%
A l’exemple de l’Autriche ou des pays scandinaves, il n’est pas impossible que la consommation belge des produits bio dépasse la barre des 10% à moyen terme. Utopie ou projection réaliste ? Il n’est plus tenable de nier l’impact environnemental de la production conventionnelle, constate Carol Haest. Lorsque ce coût sera enfin répercuté sur le prix de vente de produits de grande consommation, les produits bio seront bon marché ! Mais qu’est-ce qui empêcherait le bio de décoller?
Le prix ? Calculons mieux !
L’essor économique du bio est-il directement lié à son prix de vente plus élevé ?
A ce niveau, le bio est coincé dans une pure logique mathématique : en culture céréalière, sur une même surface, la production est souvent de 30% inférieure, voire 50% parfois ! Les rentabilités moindres de la production se répercutent inévitablement sur le prix de vente du produit fini… Moi, je ne suis pas philanthrope, déclare l’industriel Frédéric de Mévius, à la tête du projet Terres de Renaissance. Mais quand j’ai constaté les niveaux de nitrates et de pesticides dans les nappes aquifères sous mes champs, je n’ai pas hésité à me tourner vers le bio. Quand on a la possibilité d’allouer des ressources à un projet à la fois éthique et économiquement raisonnable, il faut y aller.
Naviguant entre les géants de la consommation de masse, le bio est parfois bien en peine de faire valoir les qualités nutritionnelles, le goût ou sa contribution à la santé pour justifier une différence de prix. Et pourtant : tout qui veut bien rentrer dans le vrai débat, admet que les différences de prix sont justifiées et toutes relatives.
Article Biozine 2005



